Cinq idées pour faire face à la pénurie de bons employeurs

On l’entend sur toutes les lèvres et beaucoup d’encre a coulé sur le sujet. Depuis plusieurs années, nous sommes face à une pénurie de main-d’œuvre. Pourtant, certaines entreprises continuent d’attirer et de retenir les meilleurs talents. Serait-ce parce que nous sommes face à une pénurie de bons employeurs?

 

Selon le Rapport de l’Indice de santé mentale, qui est publié chaque mois par Solutions Mieux-être LifeWorks, et les divers articles produits par le Centre d’études sur le stress humain, les entreprises sont plus ou moins aptes à offrir un environnement de travail dynamique et sain. En fait, une majorité de gestionnaires ont des compétences managériales et relationnelles qui sont déficientes pour exercer leur métier.

De nombreux articles spécialisés démontrent que trois compétences sont plutôt faibles, soit le courage managérial, la capacité à donner de la rétroaction et les habiletés de communication pour la gestion du changement. De ces lacunes émergent: un environnement de travail toxique, des objectifs irréalistes, des politiques, des processus, des procédures et des outils désuets, inefficaces ou absents, le burnout, le bore-out, le présentéisme, l’absentéisme, les invalidités, la démobilisation, l’âgisme et le racisme, les préjugés et les tabous, le manque de rétroaction bidirectionnelle, le manque de formation et d’agilité organisationnelle.

Avant la crise sanitaire, les États-Unis expérimentaient la plus longue période d’expansion économique. La Réserve fédérale a noté que les salaires n’avaient pas augmenté au même rythme que l’explosion des profits. Ici, au Québec, le débat s’éternise sur le salaire minimum, le droit à la déconnexion n’est pas légalement reconnu et le télétravail a été imposé, subito presto et à contre-courant, par la pandémie.

Selon Statistiques Canada, à la fin du premier trimestre 2021, 181000 postes étaient vacants, au Québec, et 75000 travailleurs, âgés de 60 ans et plus, étaient disponibles pour travailler. Depuis 2015, le Conseil du patronat du Québec note que le nombre d’immigrants admis n’a jamais dépassé 53000, alors que le chiffre visé devrait être de 64000.

Plusieurs diront que le casse-tête de la pénurie de la main-d’œuvre est irréconciliable et, pourtant, des employeurs osent innover et sortir des rangs pour attirer et garder les meilleurs talents.

1. Mettre en place un shadow board interne ou externe

Pénurie | Personne qui place des post-it sur une tableau blanc

Les entreprises innovantes connaissent la valeur de l’entrechoc des idées et des points de vue divergents. Le bagage de connaissances, de talents et d’expériences des diverses parties prenantes enrichit le processus décisionnel de la haute direction. Ainsi, les hauts dirigeants descendent de leur tour d’ivoire et gèrent sainement leur ego. Cela permet aux employés multiculturels et intergénérationnels, aux fournisseurs et aux clients de les éclairer sur leurs angles morts afin d’assurer la pérennité et la profitabilité de l’entreprise. Tout comme pour Gucci, une meilleure adhésion envers la stratégie s’ensuit et la gestion du changement génère des profits.

2. Comprendre que les gestionnaires sont au service de leurs employés et non le contraire

Il est démontré que les employés engagés fidélisent les clients. Ils deviennent des ambassadeurs de votre marque, de vos produits et de vos services, à moins qu’ils ne soient trop occupés à servir la carrière de leur gestionnaire. Alors là, qui s’occupe de servir vos clients? Sachant que la majorité des départs d’employés sont causés par une gestion inappropriée des ressources humaines, il est grand temps de renverser la vapeur. Les gestionnaires qui gèrent des «employés jetables» ont besoin d’un reset pour permettre à leurs employés de développer leur plein potentiel à bien servir leurs clients.

3. Inviter des «états d’esprit» et non des personnes à se présenter à vos réunions

Pénurie | Femme de profil qui rit avec une tablette dans les mains

Combien de fois ai-je entendu l’expression suivante: «Il y avait plein de plantes vertes autour de la table aujourd’hui.» Ou encore: «On n’a rien réglé, on a tourné en rond, il n’y avait aucun ordre du jour; j’ai passé ma journée en réunion et j’ai l’impression de n’avoir rien fait.»

Jour après jour, des milliers de dollars sont gaspillés à faire semblant d’être en réunion. Qui a dit qu’une rencontre efficace devait avoir une durée d’une heure? Qui a dit que nous devions inviter des personnes, des statuts, des rôles plutôt que des «états d’esprit» à se présenter à la séance de remue-méninges? Qui a dit qu’une rencontre est le meilleur moyen de communiquer, de décider, d’être informé?

Je vous invite à innover et à libérer votre entreprise de cette mauvaise habitude à se rencontrer pour tout et pour rien.

4. Créer une «bibliothèque humaine» au sein de votre entreprise

C’est un concept qui a été instauré au Danemark, au début des années 2000, et qui est actif dans plus de 50 pays. Il s’agit de rencontrer une personne pour écouter l’histoire de sa vie et de lutter contre les préjugés, à savoir qu’il ne faut pas «juger un livre à sa couverture».

Régulièrement, je suis témoin de perceptions erronées et de préjugés qui se sont véhiculés, au fil du temps, entre les différentes parties prenantes. Souvent, on suppose et on impose son point de vue selon une histoire qui se joue dans notre tête ou qui nous a été gracieusement racontée par un collègue. Ce jeu du «j’ai raison, tu as tort» peut entraîner une escalade à un point tel que, lorsque le conflit éclate, les dommages sont irréparables.

Prenez le temps de comprendre le point de vue d’une partie prenante et soyez curieux. Permettez-vous de mieux connaître son histoire, ses compétences, ses intérêts, sa perception, ses angles morts et ses enjeux.

Lorsque l’on se comprend mieux, on sauve beaucoup de temps et d’argent. Il est plus facile de discuter de solutions viables, acceptables et auxquelles vos équipes adhéreront ensemble.

5. Accepter que le travail hybride soit la nouvelle réalité

Pénurie | Femme qui dessine sur une tablette assise sur un divan avec un chat

La gestion à distance est une nouvelle compétence de gestion à peaufiner. Les rôles, les responsabilités, les outils, les politiques, les processus et les procédures ont besoin d’évoluer pour permettre une meilleure complicité entre vous et vos employés, sans quoi vous risquez de perdre vos meilleurs talents, surtout si vous ne leur faites pas confiance. Et le recrutement de nouveaux employés s’annonce ardu!

Selon un sondage qui a été réalisé par Robert Half, en avril 2021, 33 % des employés chercheraient un nouvel emploi s’ils devaient retourner au bureau à temps plein. Un employeur avisé en vaut deux!

En résumé, le retour à la normale n’est pas viable. Oui, j’en conviens, la pénurie de main-d’œuvre existe, et on en parle beaucoup. Et oui, la pénurie de bons employeurs existe aussi, et on en parle très peu.


Crédit photo à la une: Priscilla Du Preez
Crédit 2e photo: Leon
Crédit 3e photo: Brooke Cagle
Crédit 4e photo: Helena Lopes

Nadine Beaupré

Nadine Beaupré est coach professionnelle certifiée (PCC) de l’International Coaching Federation, conférencière, praticienne de l’intelligence émotionnelle et de la psychologie positive au travail. Selon Stratégies PME, elle fait partie du top trois d’experts en gestion d’entreprise au Québec 2020. Elle est coautrice du livre «Ma résilience en affaires» et l’animatrice de sept émissions webtélé « Coach dans l’âme », dont celle qu’elle a réalisée avec Jean-Marie Lapointe.

Trouvez-moi sur :

Intrapreneur-e

Intrapreneur-e est une entreprise québécoise qui se spécialise dans le coaching de gestion et de la carrière, le développement des compétences et le leadership organisationnel pour les PME et les grandes entreprises.


2 Comments

  • carole Turcotte
    Août 23, 2021 at 18 h 22 min

    Très bon article. 5 points très pertinents merci !

  • Nadine
    Août 27, 2021 at 11 h 37 min

    Merci de votre rétroaction et bien heureuse de savoir que cet article est utile !

Laisser un commentaire