Performer sans geler ses émotions

Réprimer vos émotions, par exemple celles dites primaires (joie, tristesse, colère, dégoût et peur), peut faire obstacle à vos actions si vous n’y prenez pas garde, et ce, même au travail.

Émotions : obstacles à la performance?

Vous est-il déjà arrivé de vous croire incapable d’accomplir une tâche au travail, mais qu’en fait votre difficulté à gérer vos émotions soit le principal problème ? Par exemple, vous faites face à un client en colère et vous tentez de faire comme si cela ne vous indispose nullement sans arriver à contrôler la situation. Ou encore vous avez une évaluation de rendement prochainement et vous craignez la critique à tel point que vous tentez de reporter la date en prétextant un conflit d’horaire. Vous êtes insatisfait du travail d’un collègue et vous devez collaborer avec ce dernier pour finaliser un gros dossier ce qui vous amène à ressentir de la frustration et à penser ne plus pouvoir accomplir le travail.

Êtes-vous comme la Reine des Neiges ?

Si tel est votre cas, il se pourrait bien que vous souffriez du syndrome d’Elsa, personnage principal du film « La Reine des Neiges » de Disney, inspiré du conte « The Snow Queen » de l’auteur danois Hans Christian Andersen. Dans la version de Disney, Elsa, princesse d’Arendelle, se trouve incapable de faire revenir l’été après avoir « gelé » tout son royaume. Constatant sa difficulté à contrôler ses pouvoirs magiques, elle réagit par la peur et la colère. Visiblement, sa difficulté à gérer ses émotions l’empêche de se faire confiance pour réaliser la tâche qu’elle juge impossible de mener à bien, mais qui serait si essentielle pour le bien de tous.

La suppression émotionnelle : la solution inefficace d’Elsa

Ayant dû garder secret son don, perçu comme une menace par ses parents, Elsa dut vivre isolée de tous pendant plusieurs années après le décès de ses parents. Devenue adulte, elle tente toujours de garder secrets ses pouvoirs et de se cacher pour protéger son entourage, mais finalement, elle en perd complètement le contrôle dans un épisode émotionnel et sème le froid autour d’elle.

Aussi bien dire ici qu’Elsa a « supprimé » son potentiel bénéfique en tentant de réprimer ses émotions négatives et que cela l’a rendue encore plus anxieuse et moins confiante en elle-même. Se cacher pour protéger les autres l’a obligée à réprimer la colère d’être jugée, la culpabilité de blesser, la peine d’avoir perdu ses parents et la peur face à ses dons. Elsa, en tentant d’échapper à sa nature profonde, à ses dons, illustre bien l’adage : « Chassez le naturel, il revient au galop ». Toutefois, bien qu’elle se retrouve à admettre finalement ses dons, elle reste anxieuse des dommages qu’elle peut faire si elle montre ce qu’elle ressent.

C’est seulement lorsqu’elle réalise qui elle est et qu’elle se sent aimée et acceptée vraiment, même avec ses terribles pouvoirs, qu’elle se sent enfin capable de faire revenir l’été.

« Contrôler » son pouvoir : plutôt « réguler sainement ses émotions »

Bien sûr, le « syndrome de la Reine des Neiges » n’est pas un syndrome reconnu par les chercheurs en santé mentale. Il s’agit d’une expression de mon invention qui illustre à merveille l’importance de la gestion saine des émotions pour arriver à atteindre ses objectifs et performer. Dans ce sens, depuis plus de 15 ans, plusieurs spécialistes dans le domaine organisationnel se sont penchés sur l’importance de la saine régulation émotionnelle pour favoriser la performance et des interactions positives.

On peut « geler » les émotions, mais pas le corps

Plusieurs recherches ont permis de comprendre, entre autres, que de tenter de ne pas ressentir les émotions (tenter de les geler ! ou de les supprimer) n’est pas aussi efficace qu’il y paraît pour la plupart des gens. Bien que la suppression des émotions s’avère en apparence efficace, elle laisse des traces dans le corps. Plusieurs chercheurs ont bien démontré que des personnes vivant une expérience « émotionnelle » positive ou négative, et qui devaient supprimer leurs émotions, y arrivaient assez bien, mais ne pouvaient « cacher » les réactions de leur corps, par exemple la réactivité cardiovasculaire et la résistance vasculaire devant une situation perçue comme une menace. Les réactions corporelles se trouvaient plus marquées ou intenses chez les personnes qui tentaient de supprimer leurs émotions comparativement à celles des personnes à qui on avait permis d’exprimer leurs émotions. Nous croyons souvent à tort que nous ne sommes pas affectés par une situation lorsque nous tentons de réprimer des émotions face à elle. Détrompez-vous, votre corps, lui, le constate et deux fois plutôt qu’une ! Contrairement à la Reine des neiges, nous n’avons pas le pouvoir de geler la tête ET le cœur !

« Geler » ses émotions coûte des ressources cognitives

Faire l’effort, après avoir commencé à ressentir une émotion, de la contenir, de la limiter afin d’éviter de ressentir l’inconfort qui vient avec celle-ci exige beaucoup de ressources cognitives. En effet, la suppression des émotions implique l’inhibition des pensées émotionnelles impliquant le soi (par exemple, une pensée qui identifie l’émotion, comme se dire « je me sens en colère »). Supprimer ses émotions empêche leur retour à la conscience, mais induit une forte réaction du corps. En quelque sorte, c’est comme si l’inconscient réalise que la situation dépasse les ressources de la personne et s’avère très menaçante, le corps est donc incité à réagir plus fortement pour se protéger tout en sonnant l’alarme, donc en déclenchant une réaction anxieuse. Après avoir dépensé beaucoup de ressources psychologiques pour réprimer les émotions, il n’en reste plus autant pour les contenir. D’où la possibilité de se sentir envahi lorsque l’anxiété et la détresse apparaissent. D’où aussi la croyance que les émotions sont difficiles à contrôler et qu’elles doivent être réprimées. Un circuit en cercle sans fin…

Nous discuterons dans notre prochain article des stratégies possibles à adopter afin de performer sans geler ses émotions.


Cynthia Turcotte

Psychologue, PH. D – Vitapsy
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Cynthia Turcotte

Psychologue, Ph.D et membre de l’Ordre des Psychologues du Québec depuis 13 ans, Dre. Cynthia Turcotte pratique dans le milieu de la santé et en pratique privée.

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Fondée par Cynthia Turcotte, psychologue, Vitapsy est un blogue consacré au mieux-être par l'entremise de conseils pratiques sur la relaxation et la détente.


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