L’éloge de la sieste au travail

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sieste au travail

Une sieste au travail…? C’est votre boss qui va être content!

Dans plusieurs pays du monde, la sieste fait partie du paysage.

Le marché est fermé? Normal : ils font la sieste. Alors… pourquoi pas nous?

De Bangkok à Hanoi, en passant par Cassis ou Barcelone, je ne m’étonne plus de voir restaurants et autres commerces fermés au beau milieu de l’après-midi.

Pourtant, en voyage à Ushuaia en janvier dernier, au fin fond de l’Argentine, j’étais presque choquée de voir tous les commerces fermés, de plus ou moins 13 h 30 à 17 h, alors que la petite ville est en plein pic touristique annuel, dans un été qui dure à peine plus d’un mois. Je n’en revenais tout simplement pas. Comment peuvent-ils se permettre cette indépendance, économiquement parlant? Il faut donc que la sieste soit vraiment ancrée dans leur culture et leur mode de vie. Voyons pourquoi.

Commençons par le début avec ces quelques chiffres sur le sommeil. Question d’avoir l’air éveillé :

  • Selon une étude de L’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé sur les Français et leur sommeil, 45 % des personnes interrogées estimaient dormir moins que ce dont elles ont besoin et 25 % des personnes interrogées ne se sentaient pas reposées au réveil[i].
  • Au Québec, la fatigue au volant est la 3e cause de décès sur les routes et est un facteur déterminant dans 20 % des accidents causant des blessures ou la mort.
  • Au même titre que l’alcool, l’accumulation de fatigue diminue la concentration, le jugement et les réflexes. Une personne éveillée depuis 15 heures a autant de réflexes que si elle avait 0,5g d’alcool dans le sang[ii].
  • La moitié des conducteurs impliqués dans un accident lié à la fatigue avait dormi moins de six heures la veille de l’accident.[iii]

Dormir six heures. Pour plusieurs, entre le travail et les responsabilités et activités familiales, dormir six heures relève de la science fiction!

Pourtant, la plupart des gens ont besoin de sept à huit heures de sommeil par nuit. En-deça, le manque de sommeil s’accumule et affecte le fonctionnement. De plus, le stress, les réunions et  la digestion sont d’autres facteurs qui puisent dans l’énergie, augmentent les périodes de somnolence et atténuent performances et concentration.


Les bienfaits de la sieste

Le mot sieste vient du latin «sixta», c’est-à-dire la sixième heure du jour. Il désigne ainsi le sommeil pris en milieu de journée, mais aussi toute forme de repos, avec ou sans sommeil, pris en cours de journée par opposition au sommeil de la nuit.

Le grand principe derrière la sieste : prendre du temps pour en gagner, en allant chercher le meilleur de nous-mêmes.

Des études ont prouvé qu’une sieste, d’une durée de 20 à 30 minutes, a des effets bénéfiques sur la vigilance pour une période de deux à trois heures. Même une microsieste de 10 minutes permettrait de retrouver concentration et énergie[iv], de quoi aider à terminer rapidement un travail urgent, réviser une présentation plus efficacement, éviter de s’endormir au volant, voire accroître ses performances sportives.

Quelques faits intéressants à retenir afin de justifier votre prochain roupillon au travail :

  • Une sieste d’une vingtaine de minutes accroît la concentration de 34 % et la productivité de 25 %[v].
  • Pour l’auteur de « L’éloge de la sieste », Bruno Comby, spécialiste de médecine préventive, la microsieste offre un réel regain d’énergie pour un temps équivalent à 10 à 15 fois sa durée[vi].
  • Selon Comby encore, une sieste de 5 minutes fait gagner du temps en réduisant la durée du sommeil de la nuit suivante d’une durée pouvant aller jusqu’à une ou deux heures.
  • La sieste de 20 minutes libère la mémoire à court terme et crée un espace neuf, prêt à recevoir de nouvelles données. Un ménage du trop-plein d’informations stockées inutilement dans notre mémoire. Comme une boîte de courriels qui n’accepterait plus de nouveaux messages si on n’y fait pas un ménage de temps en temps[vii]!
  • Une recherche menée par la Nasa sur des pilotes d’avion a démontré qu’une sieste de 26 minutes augmente la performance de 34 % et la réactivité de 54 %[viii]. Si bien que les pilotes de longs vols internationaux de Continental et British Airways sont autorisés à faire une sieste pendant que leur copilote prend la relève[ix].
  • En 2007, une étude menée en Grèce démontrait que les personnes pratiquant la sieste deux fois par semaine réduisaient de 12 % leurs risques de maladies coronariennes. Pour trois siestes par semaine, l’étude observait une réduction de 37 % de ces risques[x]!

Mao avait compris!

En Chine, la sieste est un droit constitutionnel depuis 1948 : « Le travailleur a le droit à son temps de repos pendant le travail s’il en a besoin ». Cette réforme, apportée par Mao, visait à garantir aux travailleurs de meilleures conditions de travail et une meilleure productivité.

Depuis quelques années, le Japon n’est pas en reste puisque la sieste au travail commence à devenir une solution concrète imposée ( ! ) par certaines entreprises pour lutter contre les erreurs commises par les salariés fatigués en manque de sommeil. Ces initiatives sont encouragées par des directives du ministère de la Santé japonais qui stipulent que trente minutes de sieste en début d’après-midi peuvent aider les salariés à améliorer leurs performances.

À Bangkok, un bureau municipal transforme sa salle de conférence en salle de sieste. Un peu après midi, les lumières sont fermées, les téléphones proscrits et une douce musique accompagne les siesteurs endormis têtes premières sur la grande table.

À travers le monde, de grandes entreprises commencent à créer des zones de repos (power nap) pour permettre à leurs troupes de faire une sieste lorsque le besoin s’en fait sentir. C’est le cas chez Nike et Google aux États-Unis, chez Semco au Brésil, et chez France Telecom ou Novius, en France.

Au Québec? Ce récent article paru sur Yahoo Finance nous confirme que ce n’est pas gagné à l’échelle nationale : La sieste au travail : c’est pour quand au Québec?

Comment intégrer la sieste à votre journée de travail

Dans le meilleur des mondes, vous avez à vous déplacer souvent pour des rendez-vous. Dans l’auto ou dans le métro, rien de plus simple que de vous accorder 10 ou 15 minutes de grâce sans que rien n’y paraisse. Profitez-en!

Dans le cadre d’une journée de travail à l’intérieur, il faut vous dénicher un lieu où vous ne serez pas dérangé. Dans les bureaux où la sieste est bien acceptée, il est possible de prévenir les collègues pour vous assurer d’un moment de calme. Sinon, profitez du temps qu’il vous reste à la fin de votre lunch pour vous autoriser à piquer du nez un petit moment.

En pratique

  • Les premières fois surtout, il est bon de programmer une alarme qui vous réveillera après 15 ou 20 minutes, question d’éviter de tomber en sommeil profond, mais aussi question de vous rassurer et vous permettre de relaxer vraiment.
  • Assoyez-vous confortablement, jambes et bras décroisés. Yeux fermés.
  • Prenez trois ou quatre bonnes respirations, avec mouvement : l’air inspiré soulève le ventre, puis le thorax. Visualisez que cette inspiration monte jusqu’à relaxer les épaules. Puis expirez complètement, tout en étant conscient de relâcher les  mâchoires, les épaules, le ventre.
  • Pendant que la respiration ralentit, les pensées ralentissent aussi.
  • La table est mise pour votre petit somme. Il ne vous reste plus qu’à expliquer à votre employeur qu’il peut être fier de vous puisque vous faites ce qu’il faut pour travailler mieux et plus pour le reste de la journée!

Besoin d’autres arguments?

Napoléon faisait la sieste assis sur son cheval, entre les batailles. Churchill l’avait intégrée à son horaire quotidien, quelque part entre le lunch et le repas du soir. Et Einstein avait l’habitude de s’endormir dans son fauteuil préféré, en gardant son crayon à la main; s’il s’endormait trop profondément, le crayon tombait et le réveillait, ce qui lui évitait d’avoir trop de mal à reprendre ses réflexions!

Là-dessus, je vais aller m’étendre un moment. J’ai une grosse réunion dans deux heures!


Sources

[i] Institut national de prévention et d’éducation pour la santé, « Les Français et leur sommeil », 2008. http://www.inpes.sante.fr/70000/dp/08/dp080310.pdf

[ii] http://gestion-des-temps.bodet-software.com/sieste-au-travail/

[iii] Source : Société d’assurances automobile du Québec – Prévention de la fatigue au volant http://www.saaq.gouv.qc.ca/publications/prevention/fatigue_volant.pdf

[iv] http://www.doctissimo.fr/html/psychologie/bien_dormir/articles/15246-micro-sieste.htm

[v] http://science.nasa.gov/science-news/science-at-nasa/2005/03jun_naps/

[vi] Bruno Comby est ingénieur, spécialiste de médecine préventive, directeur scientifique de l’Institut Bruno Comby et auteur de “Eloge de la sieste”, aux éditions J’ai lu (2005).

[vii] http://www.theguardian.com/science/2010/feb/21/naps-improve-learning-ability

[viii] http://www.atlantico.fr/decryptage/sieste-au-travail-benefique-pour-tous-elle-est-pratiquee-partout-dans-monde-sauf-en-france-463672.html

[ix] http://www.atlantico.fr/decryptage/sieste-au-travail-benefique-pour-tous-elle-est-pratiquee-partout-dans-monde-sauf-en-france-463672.html

[x] http://www.atlantico.fr/decryptage/sieste-au-travail-benefique-pour-tous-elle-est-pratiquee-partout-dans-monde-sauf-en-france-463672.html

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