Le burnout: pas si simple!

Février, mois de la santé mentale

Février n’est pas associé qu’à la fête des amoureux, il est aussi le mois de la santé mentale des Canadiens et Canadiennes. Il s’agit d’une bonne occasion de se questionner sur la santé mentale au travail, dont la problématique de l’épuisement professionnel ou plus communément appelé « burnout ». Il est entendu que la passion amoureuse peut être brûlante et que l’on peut se consumer d’amour pour quelqu’un! Il semble bien qu’il soit courant également de « brûler » ses énergies au travail et de s’y épuiser avec les conséquences néfastes qui s’en suivent sur le plan de la santé mentale.

Stress élevé au travail

En prenant connaissance du rapport « Tracer la voie de l’avenir : Indicateurs de la santé mentale pour le Canada » de la Commission de la Santé mentale du Canada (MHCC), paru le 19 janvier 2015, on apprend, entre autres, que la situation est préoccupante, voire inquiétante, en ce qui concerne plusieurs indicateurs de santé mentale. Bien qu’en diminution depuis 2005, il reste qu’un pourcentage élevé (28.4 %) de personnes éprouve un stress élevé pendant la plupart de leurs journées de travail. Tel que le rapport le stipule : « Le stress relié au travail réduit la productivité, accroît les absences de courte durée et de longue durée et contribue aux problèmes de santé mentale. »

Augmentation de l’invalidité reliée aux troubles mentaux

Selon un rapport de Statistique Canada, on estime qu’à eux seuls, les problèmes de santé mentale coûtent aux employeurs 20 milliards de dollars annuellement. En effet, 30,4 % des demandes de prestation d’invalidité sont attribuables à des problèmes de santé mentale soit un pourcentage plus élevé que celui des prestations d’invalidité pour d’autres problèmes de santé. Au total, il s’agit de 99 203 Canadiens et Canadiennes qui ont touché en 2013 des prestations d’invalidité du Régime de pensions du Canada pour des motifs liés à la santé mentale. Le nombre de demandes de prestations pour ce motif est en constante augmentation depuis 2004.

Comprendre le stress des travailleurs

Qu’est-ce qui explique tant de stress chez les travailleurs? Les explications sont nombreuses, mais peuvent se diviser en deux grandes catégories :

  1. Le stress relié au travail lui-même

  2. Le stress qu’on amène au travail.

Le stress relié au travail

Les nombreuses recherches sur les principaux agents de stress au travail ont permis d’identifier entre autres le sentiment de ne pas avoir le contrôle sur les conditions de travail, le fait d’occuper un emploi qui ne correspond pas à nos habiletés et compétences soit une charge élevée de travail ou au contraire trop peu exigeante, et le manque de soutien de superviseurs, patrons ou collègues.

Le stress qu’on amène au travail

Les difficultés à concilier le travail et la famille, dont le manque de temps et les exigences élevées, engendrent une tension qui se transporte au travail. L’impression de plusieurs personnes de « courir » sans avoir le temps de souffler ne s’évanouit pas en entrant au boulot, au contraire! Des relations interpersonnelles difficiles, le fait d’être parents de jeunes enfants et des attitudes personnelles, comme le perfectionnisme ou une trop grande valorisation du travail, influencent tous à la hausse le stress au travail.

Burnout non exclusif au travail

Chacun a sa définition personnelle du burnout. Dans le langage courant, être en « burnout » équivaut à avoir de la difficulté à gérer la pression au travail ou encore quand on s’ennuie dans son travail ou qu’on manque de défi. Après avoir fait un petit sondage maison dans mon entourage, je constate que pour la plupart des gens, le burnout professionnel est surtout conçu comme un épuisement lié exclusivement au travail sans que cela affecte le reste du fonctionnement de la personne. Toutefois, l’épuisement professionnel peut affecter plusieurs dimensions de la vie de la personne tant privée que professionnelle. De plus, l’épuisement peut découler d’agents de stress extérieurs du milieu de travail. En puisant dans différentes lectures, il apparaît de surcroît qu’il existe plusieurs types de burnout : 1. le burnout amoureux ou conjugal, soit l’épuisement vécu dans une relation de couple après un certain nombre d’années, 2. le burnout du diabète, soit l’abandon par épuisement du traitement diabétique après plusieurs années à vivre avec une maladie chronique. Le burnout semble se définir surtout par un état d’épuisement qui n’est pas exclusif à un domaine en particulier.

L’effet du stress chronique

Une chose est certaine, cet état d’épuisement est la résultante d’un stress chronique. Céline Levasseur, psychologue en pratique privée spécialisée en burnout depuis plus de vingt ans indique que la chronicité du stress est un facteur en lui-même qui contribue à rendre les personnes plus vulnérables à développer un épuisement professionnel et des problèmes de santé mentale comme l’anxiété et la dépression. « Le stress chronique fatigue et fragilise, informe Madame Levasseur, car il sollicite la production de cortisol par les glandes surrénales de manière à les épuiser. De plus, il existe des différences individuelles dans la tolérance au stress tant positif que négatif. Certaines personnes y sont plus sensibles que d’autres, vivent comme plus exigeantes les demandes d’adaptation de l’environnement, sont plus sollicitées par le stress vécu dans leur entourage et ressentent une plus grande détresse psychologique. Il convient de se rappeler que personne n’est sans limites quand vient le temps de faire face au stress. »

Développer un burnout

Un épuisement professionnel ne se développe donc pas du jour au lendemain, mais plutôt lentement et sûrement. Un burnout est la résultante d’un processus qui s’échelonne généralement en quatre phases.

  1. Le travailleur est engagé dans son travail: il en est satisfait et il s’implique ce qui lui procure un fort idéal de soi professionnel. Le travailleur se croit en mesure de faire face et de gérer les aspects négatifs de ce que le travail lui apporte.
  2. Le travailleur devient surengagé: il commence à se sentir envahi dans sa vie privée par son travail. Les efforts qu’il déploie sont excessifs et une anxiété surgit, car le travailleur se sent de moins en moins en mesure d’atteindre ses objectifs.
  3. Le travailleur s’acharne: il y a obstination malgré une perte de plaisir et d’estime de soi. Les résultats ne sont pas atteints malgré tous les efforts.
  4. Le travailleur s’épuise: Il se sent anéanti sur le plan de l’estime de soi et se retire dans un cynisme excessif le rendant rigide face à tout changement à envisager. Il n’entretient plus l’espoir d’y arriver.

Connaissez-vous quelqu’un ou avez-vous vous-même déjà souffert d’un « burnout »? Quelles en étaient les causes? Comment s’en est-il ou vous en êtes-vous sorti? J’aimerais vous entendre sur le sujet.

Voici quelques articles fort intéressants qui m’ont inspiré pour la rédaction de ce billet:

Dans mon prochain billet, j’aborderai plus en détail la dépression, en traçant, en autres, les distinctions avec le « burnout ».

Cynthia Turcotte
Psychologue, PH. D – Vitapsy

Cynthia Turcotte

Psychologue, Ph.D et membre de l’Ordre des Psychologues du Québec depuis 13 ans, Dre. Cynthia Turcotte pratique dans le milieu de la santé et en pratique privée.

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Vitapsy

Fondée par Cynthia Turcotte, psychologue, Vitapsy est un blogue consacré au mieux-être par l'entremise de conseils pratiques sur la relaxation et la détente.


2 Comments

  • Sammie-Line
    Fév 26, 2015 at 16 h 08 min

    Moi je m’en suis sortie !

    Ca me fera plaisir de vous faire part de mon parcours plus qu’ardue qui me mena à demander à Dieu a genoux de m’enlever de cet situation infernal duquel j’étais submergé.
    Violence des l’enfance physique , mental laisse de grandes séquelles … Que l’on se laisse revivre a l’âge adulte quand on a pas les bons outils…
    Etre fort dès un jeune âge grâce à notre foi ne nous protège pas contre le Burnout de vie. Mais il agi à nous aider à rester en vie et passer au travers.

    Je me suis promit quand je me suis sortit de ca d’aider les autres a faire de même. Cest pourquoi je vous répond.

    Au plaisir , sincèrement Sammie-Line

  • Noémie
    Juin 23, 2015 at 17 h 22 min

    Bonjour Cynthia,

    J’ai vécu ce qu’on pourrait appeler un burnout il y a un an et demi et bien que je me sente beaucoup mieux, je suis encore en rémission. J’ai bien aimé que tu parles du burnout comme d’un effet du stress chronique qui ne serait pas nécessairement lié au travail. Personnellement, j’ai été en burnout de ma vie en général. Ta description des quatre phases du burnout vers la fin du texte aurait été applicable à mes activités extérieures au travail. J’enchaînais les activités à un rythme effréné en plus de faire de longues heures dans les transports en commun et un travail très demandant mentalement. J’ai eu un diagnostic de dépression majeure et d’épuisement mais je trouve que le mot burnout décrit bien cette sensation d’être complètement vidée et détruite. J’ai fait beaucoup de méditation, de tai-chi, je me suis rapprochée de mes amis, j’ai fait des activités créatives, bref, des choses pour me faire du bien à l’âme. Je suis en cheminement de réorientation professionnelle et je suis beaucoup moins exigeante envers moi-même maintenant. Merci pour cet article bien vulgarisé, c’est vrai que le burnout n’est pas si simple et que malheureusement on a même de la difficulté à réaliser qu’on est en train d’en vivre un.
    Je laisse un lien vers mon blogue où je fais part de mes réflexions en cette période de transition, en espérant que certains s’y reconnaissent :
    http://noyerescape.wordpress.com/

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