Le stress, vous connaissez?

Quelques mythes liés au stress

On croit souvent que le stress est lié au manque de temps, aux courts délais, à la difficulté de concilier travail et vie privée, et que les personnes les plus vulnérables au stress sont les adultes. On pense aussi que le stress est quelque chose de négatif qu’il faut éradiquer, faire disparaître de nos vies. Ces croyances sont fausses. Ce sont des mythes que Mme Sonia Lupien déboulonne dans son excellent livre Par amour du stress1.

On apprend, dans cet ouvrage, que le stress est nécessaire à la vie, mais qu’il peut évidemment avoir des conséquences graves s’il devient chronique ; que les enfants et les personnes âgées sont plus vulnérables que les adultes et que le stress n’a rien à voir avec la pression du temps, car sinon, pourquoi serait-on stressé avant de faire une présentation devant un grand public ?

Le stress facilite notre survie, de même qu’il a permis notre survie depuis l’homme préhistorique. Il nous aide à faire face à une situation stressante en canalisant toutes nos énergies. Cependant, si un des grands stresseurs pour l’homme préhistorique était le mammouth, dans la vie moderne, les stresseurs sont souvent plus abstraits et peuvent être liés à des perceptions. Par conséquent, ils sont plus difficiles à combattre.

Menaces réelles et perceptions

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Crédit photo: Lily Lvnatikk

Notre cerveau désire nous protéger et, pour ce faire, il est à l’affût de toutes les menaces réelles ou imaginaires qui peuvent nous mettre en danger. Seulement, notre système de défense ne fait pas la différence entre un mammouth et un bouchon de circulation. Pour lui, la menace est aussi réelle dans les deux cas.

La réaction de notre corps face à une menace est de fuir, d’attaquer (ou de figer, si nécessaire). Ce sont des réactions fort pertinentes lorsqu’on se retrouve face à un mammouth, mais face à un bouchon de circulation, ou face à la menace qui pèse sur notre estime de nous-mêmes lorsqu’un collègue ou notre patron ne cesse de nous dénigrer, de critiquer notre travail, comment pourrions nous fuir réellement (ou attaquer) ?

Chaque fois, notre corps se prépare à faire face au stresseur en sécrétant des hormones du stress et en canalisant notre énergie. Cependant, si nous avons le sentiment de ne pouvoir rien faire, de ne pouvoir agir concrètement contre cette menace, l’énergie accumulée ne trouve pas d’exutoire et cela recommence jusqu’à ce que le stress devienne chronique et que le système se dérègle, entraînant toutes sortes de complications et de maladies.

Le C.I.N.É. du stress

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Crédit photo: Eli DeFaria

Alors, que peut-on faire ? Mme Lupien explique clairement que si on ne peut éliminer tous nos stresseurs, nous pouvons, du moins, en réduire la menace. Comment ? En analysant la situation stressante sous l’angle des quatre caractéristiques que la recherche a permis de déterminer, soit le C.I.N.É. du stress :

  • Contrôle : vous devez avoir l’impression que vous n’avez pas le contrôle sur la situation
  • Imprévisibilité : la situation doit être imprévisible ou imprévue pour vous
  • Nouveauté : la situation doit être nouvelle pour vous
  • Égo menacé : la situation doit être menaçante pour votre égo

Chaque situation stressante peut inclure une, deux et même toutes ces caractéristiques. Ces situations qui sont stressantes pour nous ne le sont pas nécessairement pour d’autres. Il s’agit de perceptions que nous avons d’une menace qui peut être réelle, mais qui peut être aussi imaginaire.

L’analyse des stresseurs

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Crédit photo: Kinga Cichewicz

Analyser la situation, mettre de l’avant un plan A, un plan B et ainsi de suite permet de dédramatiser et d’accentuer le sentiment de contrôle que l’on peut avoir sur cette situation, permettant ainsi de réduire la menace.

L’analyse des caractéristiques du stress est un exercice que je fais régulièrement et que je propose dans le cadre de mes formations et conférences sur l’usure de compassion. Cela permet véritablement de relativiser. On se rend compte aussi, à la longue, que ce sont souvent les mêmes caractéristiques du stress qui reviennent, pour chacun d’entre nous, quelle que soit la situation. Par exemple, pour certains, les menaces à l’Égo sont plus fréquentes ; pour d’autres, c’est le sentiment de manque de Contrôle qui est perçu comme une menace. Alors, il faut impérativement travailler sur ces caractéristiques.

Le cerveau a besoin de stimulation

Notre cerveau a horreur du vide, il a besoin de stimulation. C’est pourquoi lorsque, le soir, nous cessons nos activités, il en profite pour faire revenir à la surface tous nos stresseurs de la journée, nous empêchant ainsi souvent de dormir.

Ce que Mme Lupien nous propose est de prendre une heure dans la journée sans aucune stimulation ; nos stresseurs vont revenir à la surface, mais dans des circonstances propices où nous sommes prêts à y faire face et à établir un plan d’action.

Et au travail ?

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Crédit photo: Guilherme Cunha

Certains patrons pensent que le stress améliore la performance de leurs employés. Au contraire, la seule manière de le faire est de diminuer le nombre de stresseurs en milieu de travail.

Mme Lupien présente des questions à poser aux employés pour permettre d’évaluer les caractéristiques du stress. Ainsi, le gestionnaire peut agir sur les caractéristiques les plus fréquentes. Il est même possible d’évaluer les principaux stresseurs dans chaque département et d’agir sur ces stresseurs spécifiques.

Lors de l’embauche, pourquoi ne pas utiliser des questions relatives au C.I.N.É. plutôt que de poser la question : « Comment gérez-vous votre stress ? ».

En conclusion

Le stress n’est pas malsain, mais il peut le devenir si nous avons l’impression de ne pouvoir rien faire face aux stresseurs que nous rencontrons. Aussi, il faut faire comprendre à notre cerveau que nous avons un certain contrôle sur la situation pour ainsi diminuer le sentiment de menace.

« Bien sûr, nous ne trouverons jamais toutes les solutions à la nouveauté, à l’imprévisibilité, aux menaces à l’égo ou au sens du contrôle dans notre vie, mais rappelez-vous que l’idée est de contrôler la majorité de ces situations quand on le peut, dans le but de ne pas permettre à notre cerveau de détecter une menace sur une base régulière et ainsi protéger notre santé mentale et physique2. »

LUPIEN, Sonia. Par amour du stress, Montréal, Éditions au Carré, 2010, 274 p.

Ibid, p. 163

Crédit photo à la une: Cheron James
Formatrice agréée, elle compte plus de 11 ans d’expérience comme formatrice (ateliers de groupe) et accompagnatrice (coaching individuel) de gestionnaires. Elle comprend très bien les enjeux de la supervision, le rôle critique du gestionnaire et l’importance pour celui-ci d’être outillé et accompagné afin de faire face aux nombreux défis reliés à son rôle.
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