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Êtes-vous un adolescent en affaires ?

Dans la vie de tout nouvel entrepreneur, les premières questions qui nous sont posées et qui semblent les plus urgentes sont :

  • Quoi prendre comme nom d’entreprise et comme logo ?
  • M’incorporer ou non ?
  • Comment ça marche, les taxes ?
  • Qui peut m’aider pour mes cartes professionnelles ?

Toutefois, les entrepreneurs aguerris savent très bien que les points importants sont plutôt orientés autour des questions suivantes :

  • Y a-t-il une vraie demande pour mon produit ou mon service ?
  • Est-ce que mon service ou produit répondra adéquatement au besoin ?
  • Est-ce que mon modèle d’affaires est viable ?
  • Qui puis-je ajouter à mon équipe pour améliorer mes chances de succès ?

Comme vous le voyez, les questions sont très différentes entre les deux niveaux d’entrepreneurs et proviennent du fait que l’entrepreneur débutant déborde de confiance face à son idée et se focalise sur des détails superficiels alors que l’entrepreneur aguerri a compris l’importance des questions fondamentales à se poser en se lançant en affaires.

L’importance des questions superficielles… pour l’entrepreneur débutant

Comme l’enfant/adolescent qui pose des questions basiques lorsqu’il est jeune, les questions évoluent avec sa maturité. Imaginez si, à la question : « pourquoi un arbre s’appelle un arbre ? » (question futile s’il en est une), vous répondiez : « Pauvre petit, la vraie question est : pourquoi sommes-nous sur terre ? » (question plus fondamentale).

Il y a fort à parier que l’enfant/adolescent vous regardera d’un drôle d’air et ne sera pas content de votre réponse puisque de 1) vous ne répondrez pas à sa question, 2) il ne comprendra pas votre réponse/question et 3) il ne vous fera plus confiance dans l’avenir puisque vous êtes un dinosaure/incompétent/(mettez le mot qui vous vient à l’esprit ici)… qui ne comprend rien à rien. 😉

Les nouveaux entrepreneurs sont à l’image de ces enfants/adolescents en ce qui a trait au monde des affaires. Dans beaucoup de cas, ce sont d’excellents techniciens ou gestionnaires ou vendeurs qui ne connaissent pas grand-chose au fait d’être dans les affaires (malgré ce qu’ils croient – tout comme l’enfant/adolescent qui croit tout savoir et qui en fait ne sait pas qu’il ne sait pas).

L’importance des questions fondamentales… pour réussir

Malheureusement pour ces nouveaux entrepreneurs, les questions fondamentales sont celles auxquelles il faut répondre le plus vite possible. Ce sont elles qui vous diront si votre projet a réellement du potentiel ou non. Plus tôt vous le saurez, moins vous perdrez du temps et de l’argent. C’est une des raisons pour laquelle les entrepreneurs en série réussissent plus souvent.

Nous vivons actuellement cette expérience avec notre adolescent. Il est à cet âge où il sait tout en étant capable d’assumer (partiellement) ses choix. Vous savez, cet âge où il gagne assez d’argent pour faire ses propres choix et où l’expertise des parents n’est plus reconnue ?

Comme le nouvel entrepreneur, ce nouvel adulte ne sait pas qu’il ne sait pas, mais le lui dire n’aide en rien puisque cette inconscience se traduit en réaction de rejet.

Là où ça bloque, c’est que ce comportement d’adolescent, qui se produit habituellement entre 14 et 20 ans, peut survenir n’importe quand dans la vie professionnelle d’un individu. Le nouvel entrepreneur que nous rencontrons peut avoir 25 ans, 35, 45 ou 55 ans et il se retrouve très souvent au même niveau de maturité entrepreneuriale qu’un adolescent de 16 ans. Imaginez le défi en tant qu’accompagnateur d’entrepreneurs !

Nous sommes tous l’adolescent de quelqu’un

Je vous vois venir : vous en connaissez plein de ces individus et vous pourriez me citer des dizaines d’exemples et m’en parler pendant des heures…

Toutefois, avez-vous conscience que vous êtes assurément l’adolescent de quelqu’un d’autre ? Si vous êtes assez mature, vous reconnaissez probablement cet état de fait et, encore mieux, vous avez une relation avec un « adulte » qui vous aide à progresser comme entrepreneur. Ce peut être un mentor ou tout individu animé du même désir de vous aider.

Si vous vous dites que vous êtes au-dessus de ça, que ça ne s’applique pas à vous, aucun problème, allez-y, foncez dans votre projet… cher adolescent ! 😉

La vraie question, c’est : comment on les aide ?

Chez Le Garage & co, nous avons essayé différentes approches :

  • L’approche où on confronte rapidement l’entrepreneur en lui expliquant, par exemple, que le choix de son logo devrait se faire une fois qu’il aura réussi à vendre son produit à deux ou trois clients et où on le « force » à choisir la « voie de la raison ». L’approche du parent directif.
  • L’approche où on suit le cheminement de l’entrepreneur et où on répond à toutes ses questions préliminaires sans le brusquer. L’approche du parent « cool ».
  • L’approche où on explique clairement ce qu’il en est et où on remet le choix entre les mains de l’entrepreneur. L’approche du parent « entraineur ».
  • L’approche où on accomplit plusieurs tâches à la place de l’entrepreneur parce qu’il n’a pas le temps, qu’il ne sait pas comment faire. L’approche du parent « surprotecteur ».
  • L’approche où on navigue entre les quatre premières approches en s’adaptant constamment aux besoins changeants de notre entrepreneur débutant. L’approche du parent « directif/cool/entraineur/surprotecteur ».

Dans le premier cas, l’entrepreneur met habituellement rapidement fin à la relation parce qu’on ne comprend pas ses priorités, qu’on ne connait rien à SON environnement… Le fameux ado qui sait tout.

Dans le second cas, l’entrepreneur met habituellement fin à la relation par manque de ressources. Il nous aime beaucoup, mais il doit se trouver un emploi faute de revenus suffisants provenant de son entreprise. L’ado qui reste dans sa zone de confort.

Dans le troisième cas, plusieurs entrepreneurs débutants choisissent de ne pas continuer la démarche. Ils ne sont tout simplement pas prêts à s’engager dans une relation. L’ado qui choisit d’aller vivre SA vie.

Dans le quatrième cas, l’entrepreneur se repose de plus en plus sur l’accompagnateur et perd le contrôle de son projet… Pire, il en vient à reprocher à son accompagnateur d’avoir pris autant de place et rejette en bloc toutes les actions posées, bonnes ou mauvaises. L’ado qui se pose en victime.

Le dernier cas, celui où on navigue en zone de turbulence est épuisant, mais nous semble la plus prometteuse à ce jour.

Dans tous les cas, comme avec nos ados en pleine mutation, nous privilégions de garder le contact avant tout. De là l’importance de créer un écosystème entrepreneurial fort et résilient autour des entrepreneurs et c’est là où nous mettons le plus d’efforts parce que dans le même ordre de pensée où on dit que ça prend tout un village pour élever un enfant, ça prend toute une communauté pour faire naitre un entrepreneur à succès.

Cet article n’est pas, vous l’aurez compris, basé sur des études rigoureuses. Il repose principalement sur certaines de mes observations. De plus, l’établissement de liens avec une certaine réalité parents/adolescents ne sert qu’à illustrer mon propos que je veux positif.

Envie de réagir ? Ne vous gênez pas : tout ce qui enrichit le débat autour de l’entrepreneuriat nous fait triper et, si c’est pareil pour vous, nous sommes faits pour nous entendre ! 😉


Ian-Patrick Thibault
Moi entrepreneur

 

Ingénieur industriel spécialisé en optimisation des processus d’affaires, il se passionne pour l’entrepreneuriat sous toutes ses formes. Il met en place des structures pour aider toutes les personnes qui aimeraient se lancer en affaires en mettant sur pieds des activités de formation entrepreneuriale, en opérant un lieu de travail collaboratif (coworking) et en assurant la direction générale du premier incubateur d’entreprises dédié aux entrepreneurs innovants de l’agglomération de Longueuil.
legaragecologo
Le Garage & CoC’est alors qu’il se sentait seul dans son garage à créer son entreprise que Ian-Patrick Thibault, l’initiateur du projet Le Garage & co, a commencé à imaginer un endroit rassembleur, où les porteurs de projets innovants pourraient se retrouver et créer leur entreprise dans des conditions optimales, en bénéficiant des outils et du savoir-faire des meilleurs mécaniciens.
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