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Un conseiller en démarrage d’entreprise… ça fait quoi ?

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Depuis le début de ma pratique d’accompagnement en démarrage d’entreprise, j’ai souvent eu à expliquer ma profession. Amis, famille, anciens collègues de l’université et partenaires d’affaires ; ils m’ont tous un jour demandé des précisions sur mon travail.

Parfois, j’aurais aimé simplement leur répondre que je suis pharmacien. Il me semble que ça aurait été beaucoup plus simple pour tout le monde !

Récemment, j’ai réalisé que j’étais blogueur invité pour LIME depuis plus de 18 mois. Le temps passe si vite, c’est incroyable ! Depuis le temps que je vous donne des conseils en entrepreneuriat, je me suis dit que vous aimeriez sans doute savoir en quoi consiste ma pratique d’accompagnement. Je vous la présente en détail aujourd’hui.

Une profession non standardisée

Le conseil en démarrage d’entreprise n’est pas régi par un ordre professionnel. La profession n’est donc pas normalisée, du moins pour l’instant. Cela signifie que la formation initiale des conseillers n’est pas prédéfinie, mais également, qu’il y a une variante dans les approches.

Au fil des années, j’ai bâti ma pratique d’accompagnement en mariant les approches et les écoles de pensées. Également, j’ai développé mon propre code déontologique, calqué sur celui des psychologues. Les règles déontologiques des psychologues sont celles qui s’appliquent le mieux à un rôle d’accompagnateur en démarrage d’entreprise.

Un rôle parfois ambigu

Maintes fois, les gens ont tenté en vain de définir mon travail. Au fil du temps, j’ai bâti ma petite compilation des citations les plus populaires. Je vous les partage ici :

« Ah ! Tu rédiges des plans d’affaires ? »

« T’es un consultant ? »

« Es-tu un comptable pour les entrepreneurs ? »

« Ah, t’es comme un genre de Dragon ! »

« Tu es un analyste ? »

« Je comprends… tu es un mentor ! Veux-tu être mon mentor ? »

Ma citation préférée est celle où l’on me compare aux dragons. Elle me fait rire parce que suis tellement moins riche qu’eux ! Les gens essaient de faire rentrer mon rôle dans une case prédéfinie. Ils se réfèrent à des notions qu’ils connaissent pour tenter de comprendre ce que je fais. C’est normal, c’est ainsi que le cerveau fonctionne. Cela dit, je rigole quand même, parce qu’aucune de ces définitions n’est la bonne.

Le rôle de conseiller en démarrage d’entreprise ne peut pas être assimilé à celui du consultant, du mentor, de l’analyste, de l’investisseur ou du financier. Encore moins à celui d’un rédacteur de plan d’affaires !

Comme pour complexifier la chose encore plus, on utilise souvent les mots conseiller et coach de façon interchangeable : conseiller en démarrage d’entreprise, coach en démarrage d’entreprise. Rien pour aider !

Une démarche de coaching

L’ICF définit le coaching comme étant une démarche de réflexion créative visant à aider le client à cibler et à mettre en œuvre les stratégies qui lui permettront de s’accomplir sur les plans professionnel et personnel. Le rôle du coach est de guider son client dans la découverte de son potentiel et de ses ressources dans le but de le mettre en action.

Le conseiller en démarrage d’entreprise utilise le coaching comme cadre d’intervention. Cela signifie que ses interventions recourent principalement au coaching, mais sans s’y restreindre. À l’intérieur de ce cadre que représente le coaching, le conseiller en démarrage d’entreprise offrira également des conseils, car il est aussi l’expert en démarrage d’entreprise. Il doit aiguiller l’entrepreneur sur sa démarche entrepreneuriale. La responsabilité du conseiller inclut donc le fait de donner un avis professionnel sur la viabilité du projet d’affaires et de proposer à l’entrepreneur différentes avenues d’amélioration.

Cela dit, bien que le conseil soit une part non négligeable de l’intervention, il reste que le coaching doit toujours prédominer, et ce, sans exception. En aucun cas, le conseil ne doit supplanter le coaching, c’est une règle d’or.

C’est là toute la complexité du rôle. Le conseil ou l’avis professionnel doit toujours et en tout lieu être au service de la démarche de coaching, et non l’inverse. En d’autres mots, le conseil doit toujours être au service des aspirations de l’entrepreneur en tant que personne et non au service de l’entreprise à créer.

Le succès d’un mandat d’accompagnement

Maintenant, vous vous demandez probablement qu’est-ce qu’un mandat à succès pour un conseiller en démarrage d’entreprise. À vrai dire, il y a plusieurs cas de figure.

Le premier cas possible est quelque peu à l’eau de rose. Il s’agit de celui où l’entrepreneur démarre son projet tel qu’il l’avait visualisé dès le départ. Mon rôle aura alors été de proposer certaines améliorations tout en aidant l’entrepreneur à se mettre en action pour déployer ce projet qui l’interpelle. Ces cas représentent environ 15 % de ma clientèle.

Puisque l’individu doit toujours rester au premier plan de l’intervention, vous ne serez pas surpris d’apprendre que certains de mes accompagnements se soldent par l’avortement du projet d’affaires. Il s’agit du second cas de figure. Mon client ayant cheminé dans la démarche d’accompagnement, il réalise alors que l’entrepreneuriat n’est pas la bonne voie à suivre pour se développer, du moins pour l’instant. Alors que certains choisissent de reporter leur projet à plus tard, d’autres mettent une croix définitive sur l’entrepreneuriat. Ces cas représentent également 15 % de ma clientèle.

Les deux autres cas de figure représentent environ 70 % de ma clientèle. Il s’agit des cas où les entrepreneurs doivent retravailler leur projet de façon plus approfondie. Alors que certains d’entre eux feront un travail intense sur une très courte période, d’autres prendront beaucoup plus de temps pour effectuer ce travail. Il s’agit souvent du premier pivot pour ces entrepreneurs. Dans l’univers du démarrage d’entreprise, on entend par pivot toute modification d’ordre structurelle qui implique un changement dans le modèle d’affaires, ou encore, un changement complet de modèle d’affaires.

Les pivots sont exigeants sur les plans cognitif et affectif pour le porteur de projet. Non seulement ils requièrent une réflexion approfondie, mais ils impliquent également de surmonter certaines émotions difficiles. Pour un entrepreneur qui a consacré du temps et des efforts à l’élaboration de son projet d’affaires, un pivot peut parfois être une source de découragement. Or, il fait partie du rôle du conseiller en démarrage de tenir compte de telles réactions émotionnelles.

Cette diversité de cas de figure fait, selon moi, la beauté de la profession de conseiller en démarrage d’entreprise. En plaçant l’individu au centre de l’intervention, on assiste alors au déploiement de son plein potentiel à travers différentes avenues. Se dégagent ensuite de nombreuses possibilités auxquelles on n’aurait même pas songé soi-même en tant qu’accompagnateur.

Une profession en évolution 

La profession de conseiller en démarrage d’entreprise est encore jeune. À l’origine, elle était fortement associée au milieu du développement économique. Aujourd’hui, elle sort des sentiers battus et prend diverses formes.

Étant donné que l’entrepreneuriat est en vogue, la population générale découvre de plus en plus les différents types d’accompagnement en démarrage d’entreprise. Alors que personne n’y portait attention il y a moins de dix ans, les projecteurs sont aujourd’hui sur les mentors, coachs, consultants et conseillers de toutes sortes.

Dans un tel contexte, certains pseudo-conseillers offrent des services d’accompagnement en démarrage d’entreprise dont la méthodologie n’a pas été validée scientifiquement. Ces approches comportent un risque de préjudice important pour le client, autant sur le plan de son entreprise que sur le plan personnel. Je mets en garde mes clients afin qu’ils gardent un œil critique sur les différentes approches offertes. Puisqu’il n’y a pas d’ordre professionnel pour régir la profession de conseiller en démarrage, la vigilance est de mise pour le client.

Cela dit, l’évolution de la profession ne conduit pas uniquement à des dérapes. Au contraire, la profession s’organise et se structure graduellement. J’ai eu la chance d’assister cette année au Global Entrepreneurship Training Masterclass qui réunissait des conseillers en démarrage d’entreprise de plus de 20 pays. De nouvelles méthodologies d’accompagnement font leurs preuves à l’international. Des accompagnateurs formés et compétents aux approches novatrices pullulent.

De mon côté, je vis le meilleur de moi-même à travers ma profession de conseiller en démarrage d’entreprise. Lorsqu’une séance de coaching prend fin et que je sens que mon client progresse, je me sens accompli professionnellement.

Je considère être privilégié que mon travail soit d’aider les gens à libérer leur plein potentiel à travers l’entrepreneuriat. Jour après jour, accompagnement après accompagnement, je sens que je contribue à quelque chose de plus grand. Un bonheur m’habite et je crois sincèrement qu’il est contagieux !

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Jean-Philippe L’Écuyer accompagne quotidiennement des entrepreneurs du Québec, des provinces de l’Atlantique et de la Francophonie Canadienne en phase de démarrage d’entreprise.
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