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Insufler le courage en gestion d’entreprise

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Ah ! Le courage ! Plusieurs personnes célèbres en parlent et le mettent de l’avant dans leurs discours. De Nelson Mandela, en passant par Winston Churchill, Aung San Suu Kyi, Marie Curie, le Dalaï-lama, Victor Hugo, Steve Jobs, Marc Aurèle, Malala Yousafzai ou Napoléon Bonaparte, tous le prônent et l’encensent. Mais comment décrire un terme plus grand que nature ? Comment l’intégrer dans notre approche de la vie quotidienne, dans la gestion de l’humain ou d’un projet d’entreprise ? Comment passer à l’action pour créer un climat favorable à la performance saine et durable en entreprise ?

C’est ce à quoi plusieurs dirigeants d’entreprises, professionnels, gestionnaires et créatifs ont consacré une journée de leur temps le 18 octobre dernier. Plus de 250 personnes ont pris quelques précieuses heures pour y réfléchir et éveiller leur désir de comprendre et d’intégrer le courage managérial à leur réalité. J’assistais moi aussi, en tant qu’entrepreneure, stratège et formatrice en innovation et gestion marketing, à cette journée lors du Sommet Performance, à Montréal.

Plusieurs excellents conférenciers se sont succédé pour étayer leur vision du courage et leurs approches pour en inspirer leur vie et leur entreprise. En ce sens, j’ai eu un coup de cœur pour l’écrivaine Kim Thúy et sa vision peu banale de la vie influencée par son parcours de survivante, ainsi que pour la vision créative et l’esprit fonceur un peu « tête de cochon » du « storyteller », journaliste, écrivain, créatif artistique et réalisateur Justin Kingsley. Finalement, Martin Gauthier, le passionné de création et de collaboration ainsi que gestionnaire aguerri de l’une de nos agences montréalaises les plus reconnues mondialement, Sid Lee, m’a lui aussi grandement interpellée.

Des professionnels qui en ont à nous apprendre et qui ont l’esprit d’ouverture pour en discuter et aller vers des notions nouvelles de la gestion d’entreprise étaient donc présents, à mon grand bonheur. Rien de tel que des expériences sur le terrain pour nous faire prendre position.

Représentation du courage

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Si l’on résume… Comment définir le courage ? Quelles images évoque-t-il ? Voici quelques-unes de mes réflexions.

En effet, le courage, tant dans la vie personnelle que professionnelle, semble une vertu difficile à définir et surtout, à mettre en pratique. Le dictionnaire nous la décrit comme « une énergie morale en face du danger, de la souffrance, des échecs. C’est une vertu qui permet d’entreprendre des choses difficiles en surmontant la peur, en affrontant les situations qui se présentent. »

Suite à toutes les dénonciations d’agressions sexuelles des dernières semaines, tant chez nous qu’ailleurs, la notion de courage semble avoir pris tout son sens.

Le courage est très personnel et cela s’applique à tous les aspects de la vie. J’aime bien penser que le courage est une force morale qui se traduit par de nombreux actes, petits ou grands, qui font une différence dans l’humanité. C’est notamment agir sur ce qui nous entoure, ce que nous voulons faire avec notre cœur, nos « tripes », pour utiliser l’expression de Justin Kingsley, indépendamment de toute crainte et des peurs que nous avons. Ça veut dire avoir peur, oui, bien sûr, mais prendre le risque conscient de dépasser cette peur et de se mettre en action pour aller plus loin et faire ressortir nos capacités humaines.

Intégrer le courage pour plus de performance en entreprise

Mobiliser l’être et le cœur plutôt qu’une approche rationnelle

Les approches des incitatifs monétaires, du contrôle et de l’approche hiérarchique misant sur l’obéissance et la satisfaction immédiate ne sont plus tout à fait adaptées si l’on veut un respect de l’humain dans son ensemble. Jean-François Berthelot, consultant en performance organisationnelle, a présenté des évaluations d’employés démontrant que 33 % seulement sont mobilisés, c’est-à-dire motivés, concernés et investis pour des réalisations au bénéfice de l’entreprise qui les emploie. Entre 2000 et 2016, la mobilisation des employés a légèrement fluctué de +- 5 %, ce qui signifie que le modèle actuel préserve le statu quo, mais ne mobilise plus vraiment.

Alors, pourquoi ne pas mettre de l’avant un nouveau modèle basé sur le courage, la confiance, l’authenticité et la collaboration ? On y créerait de la reconnaissance, des relations humaines de qualité et une responsabilisation qui seraient au cœur de la performance.

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Évaluer les risques, et puis après ?

Il faut évaluer les risques avec lesquels on est à l’aise et imaginer la pire situation qui pourrait survenir lors d’une prise de décision importante.

Le but : prendre une décision et avancer.

  • Si, dans votre entreprise, vous avez un projet qui mettra de l’avant un concept, une idée ou des personnes faisant une différence à l’échelle humaine, mais que ce n’est pas nécessairement dans la culture de l’entreprise, osez quand même vous lancer. Le pire qui puisse arriver est l’échec. Et puis après ? On apprend. L’échec est un jalon nécessaire vers le succès. Et on recommence avec davantage d’expérience. On y prend alors encore plus de plaisir. Cela devient fluide et plus facile.
  • Suggestion intéressante de Justin Kingsley : une décision devrait être prise en sept respirations. C’est la façon de faire ancestrale des samouraïs. Voici d’ailleurs une lecture qu’il nous suggère à cet effet : The Hagakure : A code to the way of the samurai, par Yamamoto Tsunetomo.

Top 5 du courage pour bâtir une entreprise performante en 2017

Voici cinq éléments intéressants du message de Martin Gauthier, président de Sid Lee, à Montréal, ayant particulièrement capté mon attention. Un discours que j’endosse d’ailleurs et qui, selon mon expérience, est la voie du succès pour promouvoir la performance durable en entreprise tout en maintenant un climat propice au courage et au plaisir.

1. La confiance

Malgré la crainte, il faut tenter le coup ! Si cela fonctionne, c’est parfait, on poursuit. Sinon, on prend un moment d’arrêt et on y revient avec une autre stratégie plus tard. C’est surmonter la peur de l’échec et du jugement. Comme le paraphrasait Justin Kingsley : « Il faut se foutre du jugement et des commentaires des autres pour suivre notre voie ».

2. L’effort

Une image vaut mille mots. Dans la plupart des projets, il y a des étapes récurrentes. Le défi demeure de persévérer alors que l’on atteint le fond. Quand on ne voit plus d’issues, que tout semble ardu et compliqué, que la motivation s’effrite, c’est là qu’il faut justement continuer à déployer des efforts, à faire vivre la passion, à stimuler l’intérêt et la volonté d’aller jusqu’au bout, même si ce n’est pas un succès garanti. La route de l’apprentissage est riche et faste même si elle n’est pas simple ! Il y aura toujours quelques obstacles sur lesquels on aura trébuché au préalable, mais c’est ainsi que l’on arrive à de grandes choses.

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3. La créativité

Ne pas avoir peur d’observer ce que fait la compétition. Comment fait-elle les choses ? Ressortez-en les meilleurs éléments créatifs. Donnez-vous le temps de stimuler la créativité à l’intérieur de votre entreprise. La création ne se fait pas en deux minutes. Il faut y mettre du sien et du temps. La créativité peut prendre plusieurs visages : réinventer notre manière de travailler, par exemple. Cela ne passe pas nécessairement par une innovation de produit ou de service.

4. La collaboration/la transparence

L’adage qui dit : « Seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin » s’applique de plus en plus. Les entreprises doivent se serrer les coudes afin de parvenir à créer à l’extérieur de leurs champs d’activités et d’expertise habituels. Identifier des façons de faire différentes pour briser la routine, garder les gens motivés et mobilisés en leur permettant de penser différemment tout en côtoyant des approches diverses dans la transparence. Dire les vraies choses, c’est essentiel, mais savoir le faire dans le respect n’est pas donné à tous. C’est pourtant une faculté qui s’apprend.

5. L’écoute

Exprimer un point de vue est positif. Il faut savoir le faire. Mais il faut avant tout prendre le temps d’écouter activement pour mieux s’impliquer et comprendre. En appliquant cette approche, on peut par la suite définir ce qui ne fonctionne pas et apporter les correctifs nécessaires. Par exemple, on peut rendre l’environnement de travail plus équilibré et agréable (du café gratuit, des lunchs communs pour discuter, des salles de méditation ou de jeux pour se réunir, un gym ou pourquoi pas, un jardin communautaire !), reconnaître les efforts qui ont un impact sur la mobilisation des troupes, accepter certains échecs pour s’orienter ensuite sur des actions favorables. Bref, dédier son énergie à ce qui sera constructif et gratifiant (tant humainement qu’économiquement) pour l’entreprise !

Mettre la switch à « on » grâce à de petites actions

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La pratique est un incontournable pour que cela devienne naturel. Débutez par de petites actions, des projets simples ou des idées facilement réalisables.

Des trucs pour cultiver le courage

Voici quelques suggestions intéressantes de Michel Coupal, directeur R et D, de Proaction International :

  • Portez attention aux éléments déclencheurs. Ici, on fait référence à tout ce qui peut vous amener à passer aux actes. Pour certains, ce pourrait être une maladie qui nous dit qu’il faut changer les choses, pour d’autres, une rencontre avec une personne inspirante ou un leader, pour quelques-uns, le retour d’un voyage ou de vacances… Bougez, mettez-vous en branle et soyez proactif. Le résultat n’importe pas à ce stade.
  • Dédramatisez et relativisez. Permettez-vous d’avoir une vision du futur pour réduire l’importance de la peur qui vous taraude. Lorsque l’on cerne ce qui pourrait arriver, on se rend compte que ce n’est pas la fin du monde, on s’y prépare. Cela remet les choses en perspective.
  • Gérez votre petite voix intérieure. Rassurez-vous et répétez-vous que vous en êtes capable. Sachez gérer ce que vous dit votre entourage : on en prend et on en laisse de ces conseils et opinions distribués si généreusement ! J Vous ne voulez surtout pas vous laisser atteindre parleurs peurs. Entourez-vous des bonnes personnes.

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Je vous partage maintenant deux de mes trucs favoris :

  • 10 minutes de méditation et un bon thé chaud. Cela me permet de regarder les choses sous un angle différent, avec calme. La peur diminue et je peux ainsi me mettre en action et me lancer. L’idée est de prendre assez de recul pour doser la situation et remettre les pendules à l’heure. Les pensées positives affluent et on la voit plus clairement.
  • Définir ce qui me passionne et m’anime et évaluer les éléments sur lesquels je veux avoir une incidence pour en améliorer le résultat. Souvent, cela découle d’une « écœurantite » aiguë quant à une situation donnée, une approche de gestion, un manque ayant un impact sur le succès d’un service ou qui affecte le bien-être humain, etc. Ces éléments m’amènent à vouloir contribuer à modifier la réalité pour le mieux et ainsi me mettre en mouvement vers un projet nouveau. Dans ces cas, je suis mon cœur et je tente d’accomplir ce qui me rend heureuse. Pas très scientifique, me direz-vous, mais ça fonctionne pour moi !

Par exemple, si vous êtes déçu d’une certaine approche de gestion, pourquoi ne pas réfléchir à ce qui vous animerait et qui vous rendrait heureux et ainsi proposer un projet d’amélioration ? C’est en faisant des suggestions que l’on fait bouger les choses vers le mieux.

Maintenant, trouvez ce qui vous motive malgré la peur et mettez-le à l’essai !

Quel serait donc votre truc ?

En gros, le courage en entreprise est une notion très personnelle, vous en conviendrez, mais elle est essentielle. J’espère cependant que ces idées et concepts auront développé en vous le goût d’y vouer une certaine importance et d’y consacrer un pan de votre approche de la gestion.

Je crois sincèrement qu’il est temps d’accorder plus d’espace et de temps aux gens et de leur permettre de mettre cette notion en pratique dans les organisations. Cela devrait s’effectuer sans craindre de se faire taper sur les doigts. Il faut oser permettre les faux pas en entreprise, encourager la prise de risques et laisser l’apprentissage se faire par le biais d’essais et d’erreurs. Il faut non seulement être de grands parleurs, mais aussi de grands faiseurs. Concrètement, cela implique d’accepter de ne pas toujours avoir de succès dans un projet entrepris. Bref, ça prend du courage pour avoir du courage ! 😉

Chez Sid Lee, par exemple, on célèbre autant les erreurs, par le biais d’un « Moron Award », que les succès, par un « Rock On Award ». Cela démontre bien les risques incontournables, mais acceptés et surtout nécessaires à l’innovation et à l’avancement. Générer de bons projets autant que des erreurs de parcours est non seulement permis, mais souhaité. En effet, lorsque l’on se relève, on crée souvent quelque chose de bien plus surprenant !

En terminant, je vous pose cette question toute simple, en espérant que vous aurez le courage de mettre en action des changements : Et vous, qu’avez-vous concrètement implanté pour stimuler le courage chez vos employés et faire ressurgir leur créativité et l’innovation ?

Référence :

Sommet Performance, Le Windsor, Montréal, 18 octobre 2017

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Entrepreneure, stratège et formatrice, elle cumule plus de 15 ans d’expérience professionnelle en entreprises manufacturières et de services, tant au niveau local qu’international, comme spécialiste en gestion marketing et stratégie d’innovation en développement de produits.
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Stratégie MPL’entreprise se veut un acteur de changement pour concrétiser et convertir les idées de développement en réel potentiel innovateur. Elle accompagne les dirigeants d’entreprises dans la réflexion, la création et la gestion de stratégies en développement de produits et dans leur processus d’innovation.
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